Vadrouilles et quotidien à bord du voilier Renaissance ; Westerly sealord 39...

Sommes partis d'Hendaye le 22 juillet 2012 et en ce moment, sur le retour !

Episode 3 : Des Açores à la Galice !

A lire trop de blogs relatant les dernières transat au départ des Açores, je m’étais mis dans le crâne que nous aurions une navigation semblable aux autres ; c’est-à-dire toute grise, humide, pluvieuse et monotone (enfin si pas de dépression à l’horizon !)…
En fait, j’avais complètement tord. Nous avons eu la chance d’avoir un temps en or, super ensoleillé et plutôt chaud tout au long de notre dernier périple !
Bon ok, cette photo prise le jour du départ ne reflète pas du tout mes propos :)

Transat presse étoupe/moteur ptit souci îles de lAtlantique fuite Espagne en nav électricité/énergie

Pour reprendre un peu le déroulement de cette navigation, nous nous sommes donc lancés dans l’aventure le mardi 16 juillet de bonne heure et de bonne humeur. A la sortie du port, vent de sud-ouest tranquillou et mer plate durant la première journée, parfait pour slalomer entre les nombreuses baleines qui transitent dans le coin. Et heureusement ! Car nous étions quand même en route de collision parfaite avec deux de ces bestiaux !

Transat presse étoupe/moteur ptit souci îles de lAtlantique fuite Espagne en nav électricité/énergie

Cette seconde journée nous amène un vent d’ouest-sud-ouest plutôt capricieux. Un coup trop faiblard, un coup correct ; nous enchaînons toutes sortes de manœuvres à bord. Mais marre de hisser et d’affaler la grand-voile toutes les demi-heures, nous finissons donc sous génois seul… avant de renvoyer pour terminer la journée en ciseau !
Le lendemain, le vent est passé au nord-ouest et a forcit progressivement jusqu’à atteindre les 18 nœuds grib, donc plutôt 25 à 30 en rafales « sur le terrain ». Les données grib étant très souvent inférieures aux vrais vents rencontrés, faut juste le savoir avant… La houle s’est également levée, formant une mer du vent de travers courte et désagréable. Par confort, nous avons préféré abattre un peu afin de laisser Éole bien dans notre dos. Renaissance file sur cette mer pas cool et sous un ciel tout pourri avec 3 ris GV + mini bout de génois devant. Nous serrons les dents et croisons les doigts pour que les voiles tiennent encore le temps qu’on rentre… On y est presque !
La nuit sera difficile. Les grains se succèdent sans relâche. Plusieurs vagues ont rempli le cockpit et une particulièrement mauvaise est arrivée jusque dans le carré ! Heureusement, l’eau s’est écoulée côté cuisine et non côté table à carte… En plus il pleut toujours ; c’est pas top…
On attaque notre quatrième jour de mer et déjà 390 milles parcourus sur le cap ; soit 130 milles journaliers ; ça va on ne se plaint pas ! La dépression s’est enfin évacuée vers le nord-est et le vent redevient maniable… avant de mollir et de disparaître une bonne fois pour toute ! Les fichiers météo (on les réactualise tous les un ou deux jours) nous annoncent à présent au moins 48 heures de pétole ! Nous allons traverser une zone anticyclonique et avancer malheureusement à ses côtés…
Sinon, le ciel est magnifique ! Pas un seul nuage sur tout l’horizon et la mer s’apaise d’heures en heures. Vraiment rien de comparable avec la journée d’hier qui est déjà pratiquement oubliée…

Transat presse étoupe/moteur ptit souci îles de lAtlantique fuite Espagne en nav électricité/énergie Pas un souffle sur cette mer d’huile !

Transat presse étoupe/moteur ptit souci îles de lAtlantique fuite Espagne en nav électricité/énergie Notre gros monstre passe à l’attaque !

Transat presse étoupe/moteur ptit souci îles de lAtlantique fuite Espagne en nav électricité/énergie

On papote, on papote et on oublie de faire une veille sur 360°. Merdouille et stupeur, voilà un cargo assez proche sur tribord avec une trajectoire peu rassurante ! « Big ship, big ship, big ship, euh c’est le petit voilier droit devant, nous voyez vous ?!!? » Apparemment personne ne veillait non plus à bord puisque que le voilà qui amorce rapidement un large virement de bord juste après notre appel VHF ! Ouf…
J5 et 665 milles derrière nous ! Plus que 210 pour atteindre Vigo. Toujours au moteur depuis le début d’après-midi de la veille et ça risque de continuer encore un peu comme ça. Note : nous faisons une route un peu plus au nord car les prévisions météo nous annoncent pas mal de vent de nord juste devant la péninsule ibérique pour notre arrivée… Pas terrible ! Même si un courant portant nous aide depuis le début, nous accélérons un petit peu le régime moteur pour tenter de passer cette barre avant le plus gros du vent, et si possible avec un vent inférieur à 20 nœuds ! Parce qu’on sera au près ce coup-ci, snif…
En y regardant plus attentivement, on remarque finalement que ça ne sert à rien non plus de monter trop nord, car devant le cap Finisterre, le vent s’enroule autour de la côte et est plutôt nord-nord-est ; ce qui nous amènerait à faire encore plus de sud… Du coup, on décide de tracer le plus vite possible, pratiquement en ligne droite na !
On tient les comptes et surveillons notre conso de gasoil en remplissant dès que possible le réservoir principal. Il semblerait que nous soyons à 2,3 litres par heure.
Pas grand chose à rajouter pour aujourd’hui. Pas mal de repos pour tous les deux, on alterne les quarts de 3 ou 4h, ou plus selon la forme…

Ci dessous nos petons ! Double paires de magnifiques chaussettes pour moi (avec le pantacourt pour le style !) et le dispositif anti pieds qui puent de JR ! (Y’a vraiment que Yoda qui tolère l’odeur !) :)

Transat presse étoupe/moteur ptit souci îles de lAtlantique fuite Espagne en nav électricité/énergie   Transat presse étoupe/moteur ptit souci îles de lAtlantique fuite Espagne en nav électricité/énergie

Souci mécanique ! Les deux batteries de devant ont littéralement fondu ! Un problème d’alternateur qui débiterait trop malgré le régulateur en place ! Pas dramatique en soi puisqu’à bord de Renaissance, nous avons trois parcs de batteries. Une batterie dédiée au moteur, 3 de 110 Ah de servitude et 2 de 65 en rab qu’on utilisait pour le guindeau et pour le Lectra-san. Obligé donc de les débrancher et de surveiller attentivement les autres ! Sinon, bah, on attend le vent…

Transat presse étoupe/moteur ptit souci îles de lAtlantique fuite Espagne en nav électricité/énergie On re prépare notre arrivée…

Début du sixième jour, plus que 75 milles maintenant donc un atterrissage normalement pour ce soir.
Enfin ! Après 56 heures de moteur (jamais fait autant !), le vent nous est arrivé tout doucement pour s’installer de nord. Avec 20 nœuds au près, nous prenons deux ris dans la grand-voile et réduisons également le génois. Nous tenons pratiquement le cap !
A cinquante milles de l’Espagne, c’est la foire aux cargos. Nous en comptons pas loin d’une trentaine en à peine quelques heures et ces monstres se croisent dans tous les sens. Le radar nous est d’une aide précieuse pour les voir avant qu’ils n’apparaissent sur notre ligne d’horizon, ainsi que pour suivre leurs trajectoires. Juste une petite frayeur avec un gros qui refusait de modifier son cap…

Transat presse étoupe/moteur ptit souci îles de lAtlantique fuite Espagne en nav électricité/énergie Bon celui-là passe devant, lui derrière, celui-là est déjà passé ? Celui-ci ? Et l’autre ??

C’est en toute fin de journée et perdue sous une petite brume rosée que la Galice se révèle enfin ! Ce paysage nous ravit ; la luminosité et les couleurs sont vraiment superbes. A quelques milles de l’arrivée, l’ambiance est joyeuse à bord ! :)

Transat presse étoupe/moteur ptit souci îles de lAtlantique fuite Espagne en nav électricité/énergie

Par contre, le fait que nous ayons accéléré notre rythme de croisière nous a permis d’éviter le vent fort de nord (et on a bien fait !) mais ne nous épargne pas d’une arrivée de nuit ! Dans une ria qu’on ne connaît pas ! Nos principales inquiétudes sont les cargos (fréquents) qui rentrent et qui sortent de Vigo à toutes heures, les probables casiers des péchou invisibles dans l’obscurité et le fait de pouvoir trouver facilement une place libre dans une des marinas…
Finalement, nous sommes happés par l’imprévu et notre stress complètement envolé ! Un voilier est en panne de moteur à l’entrée de la ria et nous demande assistance car il n’y a plus un souffle de vent. Nous voilà donc en manœuvre de remorquage de nuit en plein milieu du rail des cargos puis en convoi tout éclairé ! Seul un gros arrivera à ce moment là nous gratifiant au passage de quelques coups de projecteurs dans la tronche…
Super feux d’artifice également pour fêter dignement notre arrivée après 6 jours et demi de mer depuis les Açores !
Et c’est vers les 23h30 mardi 22 juillet que Renaissance terminera son voyage et s’amarrera tout doucement dans la marina simple d’accès et vide de Punta Lagoa.
Après extinction du moteur, pas un bruit ne vient perturber le calme des lieux. Silence assez déroutant mais oh combien réjouissant lorsqu’on boucle enfin une grande navigation…
Salés, mais bien arrivés et heureux ! :)

Dans la rubrique p’tits soucis du voyage :
Donc 2 batteries bonnes à jeter…
L’éolienne ne marchait pas depuis la dernière navigation et n’était pas réparée. Mais si vous saviez quel bonheur c’est de ne pas l’entendre s’emballer lorsqu’il y a beaucoup de vent… Mine de rien, elle en rajoutait une couche !! Les panneaux solaires ont suffit et puis euh, avec le nombre d’heures moteur que nous avons fait hein…
Un mauvais coup de gîte et hop, JR vient juste d’arracher la porte de la salle de bain avant !! Euh faudra recoller avant l’arrivée de nos invités…
Les matelas de la cabine avant ont pris l’eau ! 1/ De l’eau douce, car deux bouteilles d’eau minérale en plastoc se sont fissurées et les équipets sont juste au dessus. 2/ De l’eau salée par infiltration ! (avant départ y’a deux ans, on s’était fait chier à refaire l’étanchéité du pont mais aux Tobagos Cays, en chassant de son mouillage, un bateau nous avait percuté le balcon avant qui a très légèrement reculé + chandeliers avant bâbord ! C’est à reprendre rrrh !)
Le matelas de la cabine arrière est également mouillé : vagues à répétition + manches à air non obturées…
Une vague dans le carré à cause de la descente mal fermée. Mais restons lucides, même correctement fermée, cette dernière n’est de toute façon pas totalement étanche…

La troisième et notre dernière !

Voilà plus d’un mois que je ne me suis pas posée pour écrire le blog alors je dois maintenant fouiller ma mémoire et me creuser sacrément les neurones pour pouvoir pondre ce dernier article sur les Açores ! Bon, aller, je me lance…

Donc après Faial, nous avons pris directement la route de Terceira en partant de très bonne heure puisque presque 70 milles séparent ces deux îles. Navigation au départ  pas vraiment passionnante, principalement marquée par la pétole, mais qui nous a tout de même permis ensuite de contempler tout un groupe de baleines à bec ! Elles nageaient là, paisiblement, juste à quelques mètres du bateau en pointant leurs bouts du nez vers le ciel à chaque fois qu’elles émergeaient. Trop cool ! Et je ne vous parlerais même pas des très très nombreux dauphins croisés, peut-être une cinquantaine, finalement si communs mais toujours si fascinants à observer !

îles de lAtlantique en nav au port

îles de lAtlantique en nav au port Je pense que ce sont des baleines à bec de Sowerby (ça ressemble à ça ! :)

Bref en soirée, nous sommes arrivés à la marina Angra au sud de Terceira qui nous a alors dégotté une toute petite place tout au fond du port entre les bateaux de pêche. Pas trop de place pour manœuvrer mais Jean-Rémy a réussi sa mission avec brio ! Accueillis par les canards du coin avec juste un petit souci avec les taquets du ponton, alors carrément invisibles et inaccessibles, cachés sous des tours et des tours d’amarres en polypropylène ! Sympa pour défaire le merdier et tenir le bateau en même temps… :)

îles de lAtlantique en nav au port Marina d’Angra

Les jours suivants ont été pour ainsi dire consacrés à la glandouille (comme d’hab), entrecoupée de quelques promenades dans la jolie ville d’Angra do Heroismo. Nous avons découvert une grande cité patrimoine, frétillante de vie et colorée ! Les rues sont pavées, les maisons sont en pierres, le jardin municipal est particulièrement beau et s’étale sur plusieurs étages, et les édifices sont relativement bien restaurés et pimpants !

îles de lAtlantique en nav au port Devantures de maisons typiques de Terceira

îles de lAtlantique en nav au port

îles de lAtlantique en nav au port Vue sur Angra depuis le Monte Brasil

Nous avons également fait le tour de l’île qui nous a semblé beaucoup plus développée que Faial et Flores mais qui reste tout de même évidemment verte et bien entretenue. Et encore une fois, quel boulot ces murets de pierres que l’on peut apercevoir partout…

Quelques photos maintenant de nos explorations !

îles de lAtlantique en nav au port Un des lacs en altitude

îles de lAtlantique en nav au port

îles de lAtlantique en nav au port Vue sur les cultures depuis le fabuleux mirador de la Serra do Cume

îles de lAtlantique en nav au port Une des nombreuses petites chapelles (impérios)

îles de lAtlantique en nav au port Les fumerolles de soufre à Furnas do Enxofre

îles de lAtlantique en nav au port Biscoitos, ou la ville du vin

Terceira est aussi une étape stratégique. C’est d’ici que partent la plupart des bateaux remontant vers la façade atlantique française. Les méditerranéens eux, préfèrent logiquement Sao Miguel…
Notre départ pour rejoindre le vieux continent approche à grands pas. Après une semaine de crachin permanent et vent de nord-est, la météo semble maintenant s’arranger pour nous laisser partir. Et ça y est, nous sommes de nouveau en forme, motivés comme quatre (euh non quand même pas !), prêts pour reprendre la mer et à présent dans les starting-blocks ! C’est la dernière ligne droite avant de rentrer en France. Et c’est surtout notre dernière longue traversée aussi ! (Hip hip hiiip… !)
Nous mettrons donc demain le cap sur Vigo… en Espagne ! Ce petit crochet en Galice nous permettra ainsi de raccourcir la route globale et nous retrouverons également des amis là-bas.
Aller hop moussaillons, c’est parti pour ces 875 milles !

îles de lAtlantique en nav au port Qu’est-ce qu’il fait là lui ?

En route pour Faial

Nous quittons les puffins de Flores et leur chant nocturne très caractéristique (oh faut les écouter !!) samedi  juin pour rejoindre Faial, situé plus loin dans le groupe des îles centrales. 130 milles séparent Flores de Faial et ce n’est pas prêt de s’arranger puisque Flores et Corvo, situés sur une plaque tectonique différente, continuent de s’éloigner des autres de 2,5 cm par an…
Cette navigation sera sympathique malgré le temps continuellement grisâtre et super humide. Nous ferons plus de 90 milles sous voiles aidés par un courant portant.

Derrière le Monte Da Guia, nous découvrons Horta qui s’illumine sous le soleil matinal ainsi que sa marina qui n’est pas aussi pleine qu’on le craignait. Après avoir fait la paperasse, Renaissance se voit attribuer une place à couple d’un autre voilier qu’on avait déjà rencontré à Flores et qui sont arrivés la veille au soir. A leur bord, en plus du capitaine, deux jeunes équipiers charpentier et infirmier !
Mais pressés par leur timing, ils repartent déjà dans l’après-midi pour la Corogne, nous leur souhaitons bon vent !

Les jours suivants sont consacrés à la visite de la ville et à la glandouille. L’escale est sympathique, la ville plutôt jolie, bien entretenue avec plusieurs belles balades à portée de jambes. Nous profitons également du confort de cette marina très bien abritée. Il y a possibilité de mouiller à l’entrée mais cela coute une demi-place de port alors pour 12 euros (en fait, toutes les marinas açoriennes pratiquent les mêmes tarifs), nous préférons largement opter pour la facilité ! A savoir qu’en pleine saison, on peut avoir une place en quatrième ou cinquième position à couple ! Là, nous sommes seul contre le quai et l’ambiance est assez calme. Le wifi est quelque peu aléatoire mais on le capte tout de même du bateau, ce qui nous permet de skyper avec la famille et les amis sans modération. A Flores, nous devions aller au bistrot pour cause de panne de réseau… Ici, on trouve de tout pour le bateau et nous en profitons pour faire remplir notre cube Butagaz chez MAYS qui propose également pas mal de livres de toutes les langues à échanger, en plus des habituelles pièces d’accastillage et autres services aux bateaux.

îles de lAtlantique au port La baie de Porto Pim et Horta depuis le Monte Da Guia

Nous partons faire le tour de l’île et découvrir ses trésors. Faial est également très jolie, mais niveau paysages, surement moins spectaculaire que Flores. Nous découvrons en chemin de grandes vallées cultivées, des hauteurs plus boisées, de tous petits ports de pèche entourés de caillasses, de jolies plages de sable noir et toujours des nuées d’hortensias tout partout !

îles de lAtlantique au port Une des nombreuses vieilles maisons en pierres

îles de lAtlantique au port

îles de lAtlantique au port Église de Praia do Almoxarife

îles de lAtlantique au port Curieux

Le temps est maussade mais nous grimpons tout de même à l’assaut du volcan central qui domine l’île. Sur les bords de son cratère, un bain de nuages nous laisse entrevoir très furtivement cette caldeira de plus de 400m de profondeur. Inutile de vouloir en faire le tour avec ce temps, quelques km glacials, ventés et plus souvent dans le blanc qu’autre chose…

îles de lAtlantique au port La caldeira de Faial !

îles de lAtlantique au port Tranquilles, sur les hauteurs du volcan…

îles de lAtlantique au port Petite route pour redescendre

Changement de décor, cap à l’extrême ouest de l’île ! Nous errons maintenant dans un environnement lunaire et apocalyptique. En effet, un tout jeune volcan a surgit des flots suite aux nombreuses secousses sismiques de 1957-1958. Celui-ci a craché cendres et laves tant et si bien qu’il a finit par agrandir la superficie de Faial de quelques 2,4 km2 supplémentaires ! Aujourd’hui, l’érosion fait son œuvre et la végétation reprend très doucement ses droits sur une terre encore pas si longtemps complètement stérile. Expérience assez magique que de trottiner dans ce paysage très beau et très calme…

îles de lAtlantique au port Capelinhos, dernier volcan des Açores…

îles de lAtlantique au port L’ancien phare, maintenant à moitié enterré

îles de lAtlantique au port

Derniers jours pénards à bord avant de rejoindre une prochaine île, qui sera probablement Terceira. Dans une dizaine de jours maintenant, nous reprendrons la mer pour notre dernière grande traversée afin de rejoindre le vieux continent. On en a pour une bonne semaine avec 1100 milles encore à parcourir ou 850 milles si on fait un crochet par l’Espagne. Et je peux vous dire que nous ne sommes pas vraiment motivés pour le moment ! Déjà, on a l’impression d’être arrivés aux Açores il y a peu, et repartir encore pour une énième grande navigation ne nous emballe pas trop. « Quoi vous aimez pas les grandes navigations !? Ah oui donc vous aimez pas la voile quoi !!! » Et bah non neuneu, t’es à côté de la plaque. C’est juste que parfois (ou souvent) je trouve ça long, chiant et physiquement contraignant. Plus le temps grisâtre, bof quoi… Également, nous accusons pas mal de fatigue là tout de suite. Le décalage horaire ne nous aide pas trop, la nuit ne tombant plus sur les coups de 18h comme aux Antilles. Bref ça joue beaucoup sur notre rythme ; on se couche et on se lève trop tard !
Bon, aller, on va pas se morfondre non plus. Il nous reste encore un peu de temps pour profiter des Açores et pour retrouver notre motivation et notre dynamisme perdus ! :)

Horta, l’escale mythique

Depuis toujours, les Açores occupent une position stratégique pour tous les périples océaniques. Faial était l’escale clé pour tout ce qui transitait par là, que ce soit par la mer ou par les airs. Et aujourd’hui encore, la marina d’Horta reste un arrêt bien commode pour l’ensemble des bateaux qui traversent l’atlantique et pour les  nombreux qui par la même, bouclent leur voyage en rentrant en Europe.
Il n’en fallait pas moins pour qu’une tradition voie peu à peu le jour. Tous les navigateurs laissent maintenant une trace de leurs passages sous la forme d’une peinture murale dans le port et catastrophe, cela porterait irrémédiablement malchance de ne pas suivre la coutume !
Le temps et les embruns viendront peu à peu grignoter les plus anciennes peintures pour que les petits nouveaux comme nous puissent à leurs tours prendre les pinceaux !
Alors la question qui s’impose assez vite ici est : que va-t-on pouvoir griffonner de beau, ou plutôt de pas trop moche ?
Dans la plupart des cas, c’est une reproduction, fidèle ou non, du bateau qui a loyalement mené son équipage à bon port. Ou encore la route du périple réalisé avec le nom des escales traversées. Parfois c’est carrément un chef d’œuvre de talent ou d’imagination. De temps à autre, on peut voir un simple tag grossier, fait vite fait à la bombe, avec juste le nom du bateau. Peut-être un équipage pressé mais voulant tout de même respecté la tradition… Et puis enfin, il y a les dessins simples et/ou simplets des pseudo demi artistes en herbe… Nous sommes évidemment dans la toute dernière catégorie ! Pour les curieux, vous verrez notre magnifique ouvrage dans l’album photo des Açores ! :) J’ai tout de même réussi à faire participer le capitaine qui s’est finalement bien pris au jeu. Bon au début, il voulait innover au faisant un truc avec du Sika. Euh tu rigoles là !? Cette idée à mettre à la poubelle direct’ ! Rien qu’avec de la peinture, on en avait déjà partout ! Alors je n’ose imaginer la chose avec du Sika mdrr ! (Et pauvres peintures qui auraient eu le malheur de côtoyer la notre !)
Bon aller, pour illustrer tout ça, je vous propose une petite sélection d’œuvres d’art que je trouve originales ou curieuses parmi des centaines et des centaines d’autres… ;)

Pour commencer voilà les plus… macabres ! Très loin du dessin naïf avec un joli ciel bleu, des oiseaux qui chantent et un bateau qui fait un grand sourire…

îles de lAtlantique au port Un squelette de piranha ? Qui s’est auto-bouffé ?

îles de lAtlantique au port îles de lAtlantique au port

Drôlement bien faits !

îles de lAtlantique au port On a r’trouvé Yoda ! :)

îles de lAtlantique au port îles de lAtlantique au port

Ola… flippant !

îles de lAtlantique au port La mer est une grosse bouse ?

îles de lAtlantique au port Shaitan ?

Et puis y’a ceux qui ont du avoir quelques petits soucis en cours de route… :)

îles de lAtlantique au port Mauvaise météo !

îles de lAtlantique au port Mauvaise rencontre !!

îles de lAtlantique au port Euh… un bateau de merde ? :)

îles de lAtlantique au port Pas de mât, pas de soucis ! :)

îles de lAtlantique au port  Rencontre avec un OFNI !

îles de lAtlantique au port Pressés d’arriver ! (joli)

îles de lAtlantique au port Égoïste certes… mais heureux ! :)

îles de lAtlantique au port Torture Tour 94… :)

Et puis pour finir, ceux qui restent légèrement portés sur la bouteille…

îles de lAtlantique au port  Un voyage Ajité ?

îles de lAtlantique au port A la tienne !

îles de lAtlantique au port îles de lAtlantique au port

Ça navigue dans la mousse…                                                       Façon affiche de concert !

îles de lAtlantique au port  Du côté du Danemark

îles de lAtlantique au port Bon Vivant

îles de lAtlantique au port Un bateau pratique !

Le dernier paradis sauvage de l’Europe

Quel bonheur d’être aux Açores ! Et pas seulement parce qu’on est enchantés de r’trouver le plancher des vaches après deux semaines de mer… mais surtout parce que ces îles sont d’une grande beauté !
Perdu et finalement minuscule dans l’océan atlantique, cet archipel se compose de neuf îles volcaniques divisées en trois groupes de par leurs positions géographiques. Dans le groupe de l’ouest, se trouve la toute petite île de Corvo ainsi que sa grande sœur Flores sur laquelle nous venons tout juste de débarquer.
Point le plus occidental de l’Europe, cette île est un véritable régal pour les yeux ! Nous ne pouvons que nous réjouir de découvrir maintenant des paysages natures et bruts après les plages, certes jolies mais parfois monotones des Caraïbes. Comme un petit air madérien ; notre premier coup de cœur du voyage… De douces collines cultivées côtoient des falaises abruptes qui plongent dans l’immensité de l’océan. Le sol étant très riche, le climat plutôt chaud et humide, nous découvrons ici une véritable palette de verts qui se marie parfaitement avec le gris de la roche et le rouge brun de la terre…
Les cascades sont nombreuses et se terminent en rivières où parfois on peut trouver quelques vestiges de moulins à eau. Les villages, jamais très grands, nichent dans de profondes vallées et semblent plongées dans une douce quiétude.
Plus haut, des cratères de volcans endormis forment des lacs aux couleurs variées.
Et évidement partout des fleurs sur Flores ! Principalement des hortensias sauvages qui longent les routes en formant de véritables haies, recouvrent les murets et délimitent aussi chaque parcelle cultivée. Mais aussi des lys rouges et jaunes, des azalées, des arums…
Bref, on en prend plein les mirettes et cela nous rappelle qu’il n’est pas vraiment nécessaire de traverser un océan pour voir des paysages somptueux. Pourvu que ça dure ! Depuis 2009, Flores et Corvo ont été intégrées à la liste des réserves de biosphère mondiale par l’UNESCO.
Sinon il fait frais, il fait bon. On redécouvre le brouillard ainsi que le crachin et la température de l’air nous vivifie après notre neurasthénie tropicale. Oui, c’était sympa les Antilles mais on est bien contents de tourner la page et de changer d’environnement.

La petite marina de Lajes est tranquille, tout confort, et pas chère (12 euros !) bien que terriblement inconfortable par houle de nord-est. D’ailleurs, à peine arrivés, nous passerons plusieurs jours à entendre nos amarres et nos pare-battages gémir à cause d’un important ressac dans la marina… Tiago, le responsable super gentil, nous conseillait même de fuir nous abriter au mouillage de Faja Grande de l’autre côté de l’île ! Heureusement la houle n’a pas duré et le calme est revenu…
Et même si le ravitaillement est relativement limité à Flores, quel plaisir aussi de retrouver de la bonne bouffe à un prix plus que correct.
Maintenant place aux photos ! (et encore plus dans cet album… enfin euh quand j’l'aurai fini) :)

îles de lAtlantique au port Paysage typique de Flores, des champs et des hortensias

îles de lAtlantique au port Côte nord-est

îles de lAtlantique au port De nombreux points de vue aménagés. Vue sur Fajazinha en contre-bas

îles de lAtlantique au port Maisonnettes à Lajes

îles de lAtlantique au port Lagoa comprida

îles de lAtlantique au port Lagoa negra (qui porte bien mal son nom) et lagoa comprida

îles de lAtlantique au port Hortensia toujours (importé du Japon)

îles de lAtlantique au port Côte nord-ouest, Ponta Ruiva

îles de lAtlantique au port L’église de Santa Cruz (la capitale de l’île)

îles de lAtlantique au port Partout des lapinous !

îles de lAtlantique au port Flores, une île qu’on peut facilement qualifier de bien verte ! Et pourtant…

îles de lAtlantique au port Magnifique forêt de cèdres rouges du Japon…
Rando le long d’une rivière vers Fazenda

Round 2 : Des Bermudes aux Açores !

Jeudi 5 juin, midi, en direct des Bermudes, c’est l’heure du grand départ !
Depuis ce matin, ça se bouscule sévère devant le ponton gasoil et le ponton formalités de Saint Georges ! Alors comme tout le monde, nous patientons en attendant notre tour. La fenêtre météo est bien là et nous comptons pas moins d’une douzaine de bateaux partant aujourd’hui vers d’autres horizons ! Certains rejoignent les États-Unis, mais la plupart se destineront tout comme nous à un périple d’une quinzaine de jours pour rejoindre les Açores. Nous sommes finalement quatre voiliers à quitter les Bermudes à peu près dans le même temps.
Dès la sortie du lagon, nous jubilons ! La mer est d’une platitude pour ainsi dire parfaite et pendant les deux premiers jours, un vent de sud nous pousse à bonne allure au travers petit largue. Le ciel est bleu et nous savourons pleinement chaque rayon du soleil. Ces deux journées sont tout simplement magnifiques… et les conditions idéales pour nous amariner en douceur. A peine quatre heures après le départ, nous ne voyons plus personne à l’horizon. Chaque bateau a opté pour une route et une tactique différentes et tous sont maintenant hors de vue… Certains sont partis au nord, d’autres au sud, quant à nous, nous collons pour l’instant sans difficultés à la route directe…

Transat îles de lAtlantique en nav « Le premier arrivé attend l’autre ! »

Transat îles de lAtlantique en nav Lumière du soir

Mais comme toutes les bonnes choses ont (soi-disant) une fin, notre deuxième nuit en mer sera agitée et marquera le début des hostilités. Le vent forcit, vire au sud-sud-ouest et la mer grossit rapidement. Les grains se succèdent et nous envoient d’odieuses rafales. Nous réduisons progressivement la voilure pour nous retrouver avec 3 ris GV et un mini bout de génois devant…
Troisième jour, vent 3 à 4 sud-sud-ouest virant sud-ouest. Nous voilà maintenant au portant puisque la première dépression approche.
Aujourd’hui, le temps est maussade et le ciel couvert. Le plafond nuageux est très bas et l’air super humide. Il a même plut pendant presque 2h.

Transat îles de lAtlantique en nav Temps chagrin

L’après-midi, la météo s’est bien améliorée. Le soleil réapparu, nous avons pu mettre toutes nos affaires à sécher. Les mêmes que nous remettrons dès la tombée de la nuit. Arf, la vieille veste de quart de JR n’est plus étanche, peut-être du fait de son âge, sûrement aussi à cause de cette déchirure toute fraîche au niveau du coude…
Les physalis (grosses méduses pas sympa) remplacent peu à peu les sargasses. Je n’ai pas encore mis de lignes de traîne à l’eau, il nous reste pas mal de viande à manger. On verra ça un peu plus tard.
A la tombée de la nuit, distraction, nous avons aperçu un drôle d’aileron, peut-être un cachalot à 200 m du bateau. Repéré grâce à son souffle…
Le lendemain, le baromètre est encore en train de descendre, signe que la dépression arrive de l’ouest et se rapproche de nous. Michel nous fait prendre une route plus au sud, sensée être plus cool que la route initiale. Le vent est à présent au sud-ouest force 4 à 5.
La nuit sera particulièrement mauvaise. Trop ventée et bien trop houleuse ! A la place du 17-24 nœuds annoncés, on a pris 30 à 35 heureusement à 120°. On a commencé la nuit avec 3 ris GV + petit bout de génois mais on se trouvait encore trop toilé. Puis on a testé GV seule mais le pilote travaillait trop. Finalement, le reste s’est fait sous mini bout de génois. Le bateau était alors beaucoup plus léger pour une vitesse similaire. Seul hic, cette configuration de voile entraînait un sifflement dans le mat. Ça n’a pas arrêté, ambiance assez flippante du coup, car même mélodie qu’un jour de tempête dans un port de plaisance…

Lundi, cinquième jour, on devait encore bénéficier du vent de la dépression. 18-25 mollissant 15-20 annoncés pour la journée. Manque de bol, il semble qu’elle soit passée plus rapidement que prévu. Du coup, on se retrouve avec 6 à 8 nœuds portants ; autrement dit rien de bien suffisant pour avancer correctement à la voile. La houle levée depuis la veille est au contraire toujours bien présente. Nous avons plus de 2m, très courte et à moitié croisée, qui déstabilise sans cesse le bateau. Cette situation est inconfortable, vite qu’elle s’apaise !
On a tiré des bords comme on a pu puis à bout de nerfs, c’est au moteur que nous avons progressé sous d’énormes grains pluvieux. Murphy était de la partie, puisque nous avons eu un cargo dans notre périmètre de sécurité au moment où la visibilité était la plus médiocre.
Fin de journée, changement de décor ! Renaissance est à présent calé au près avec 5 à 9 nœuds de nord-nord-est. La houle indélicate s’est transformée en de grandes ondulations, beaucoup plus agréables. Petite vitesse mais quel bonheur ! Confort et calme à bord, on digère le mauvais temps de la veille…

Transat îles de lAtlantique en nav Pratiquement comme chaque jour depuis le départ, les dauphins viennent nous saluer

Transat îles de lAtlantique en nav Hop !

Ah ça y est, bonne nouvelle, nous avons fait le tiers du chemin ! Du coup, on peut également avancer nos horloges d’une heure… Il y a un décalage de 3h entre les Bermudes et les Açores.
Le lendemain, nous avons un petit temps de nord, nord-nord-ouest force 2 à 3. Tout va bien.
Nous sommes au près bon plein et on s’applique à rattraper la route initiale en lofant quand le vent descend trop. Parfois, la houle dévente un peu les voiles mais Renaissance continue son bonhomme de chemin…
Le baromètre remonte, bientôt la pétole !

Transat îles de lAtlantique en nav Ciel du moment

Une semaine tout juste après notre départ des Bermudes, c’est la calmasse. Nous sommes au moteur et traversons actuellement un anticyclone. On se traîne. Nous avons un courant dans le nez et notre vitesse s’en ressent. Au même régime, nous avons perdu 1,5 nœud par rapport à ce matin.
Sinon, on a pêché un poisson marron, pas très gros et qu’on n’a pas su identifié. On a eu pitié et le pauvre est reparti à la mer…
Quatrième cargo croisé cet après-midi, y’a pas foule dans le secteur…
Après 18h de moteur, le vent est revenu. Ce coup-ci d’ouest-nord-ouest…

Jeudi 12 juin, nous voilà de nouveau sous voiles, au travers, sous un ciel à pleurer avec un courant qui nous ralentit toujours énormément. C’est désespérant de se traîner à 3,5 – 4,5 nœuds au mieux ! quand on a du 15-25 au travers petit largue ! Après consultation des Pilot Chart US, il semblerait qu’on l’ait dans le pif encore pour un moment… Ca fait des espèces de boucles sur notre route. Le bon courant ; celui qui porte à l’est se trouve en fait un peu plus au nord.
Après la pétole d’hier, une seconde dépression est maintenant juste au dessus de nous. Le vent monte peu à peu et vire au nord-ouest. Le ciel est complètement bouché et nous slalomons entre des grains intenses. Nous prenons 1, puis 2, puis 3 ris dans la grand-voile. Une grosse houle de nord nous arrive maintenant de travers. C’est une navigation pourrie. Avec c’est la chute du moral du bord. Il fait froid et la mer est aussi grise que le ciel… J’aime pas ce décor, je trouve ça triste, ça me déprime quoi ! J’aimerais rester sous la couette, la tête sous l’oreiller…

Transat îles de lAtlantique en nav Ciel chargé !

Bon tout n’est pas noir, nous venons tout de même de faire la moitié de la route. Nous sommes donc en plein milieu de l’océan à plus de 1000 km de la terre la plus proche : Saint Pierre et Miquelon ! Rien que ça ! Initialement, je voulais écrire un petit mot sur le blog pour vous annoncer la chose et pour vous donner quelques nouvelles mais impossible, nous sommes trop ballottés ! On voulait aussi se faire un petit dîner amélioré pour fêter l’événement. Tu parles, ce soir, ça sera une fabuleuse boîte… de raviolis, mouai. Par contre, pas l’ombre d’un mal de mer, nous sommes bien amarinés !
Aujourd’hui également, un porte-conteneurs a eu la délicatesse de nous contacter avant de virer pour nous passer au cul. Nous étions bel et bien en route de collision et ce, en plein milieu de l’atlantique !

Transat îles de lAtlantique en nav Dans la houle, un coup j’t’vois, et un coup j’t’vois plus !

Nous avons passé une nuit très mauvaise, à grains, trop froide, houleuse, crevante et presque blanche. Evidemment la bouteille de gaz nous a lâché à ce moment là, JR a du plonger dans le coffre pour la remplacer et nous permettre de nous réchauffer quelque peu en buvant un truc bien chaud. Les journées ne se ressemblant pas, demain ne pourra être qu’un jour meilleur…

Vendredi 13, bonne ou mauvaise augure ? Nous entamons notre neuvième jour de mer et nous avons parcouru  milles. On se rapproche des Açores doucement mais sûrement.
Les grains matinaux ont cédé la place à un soleil radieux, bien apprécié parce que ce vent de nord-ouest est gelé ! Ce dernier est un peu relou, changeant, avec de bonnes rafales sous un ciel dégagé. Renaissance doit également composer avec plus de 2m de houle qui semble peu à peu s’ordonner et devenir de plus en plus longue. C’est une très bonne chose.
Aujourd’hui, le moral est bof. Nous accusons un peu de fatigue je crois… Et notre contre-courant est toujours là, on peine à atteindre les cinq nœuds de vitesse alors que le vent est correct.
Après un dîner dégueu froid préparé à l’arrache par le capitaine, la nuit arrive. Fraîche mais calme et sous pleine lune…
La routine s’installe. Je prends le quart de 21h30-22h à 1h, JR enchaînera jusqu’à 5 ou 6h. Ensuite, je profiterai de l’aube en dégustant mon café devant le lever du soleil tout en croisant les doigts pour que la journée qui s’annonce soit belle et sympathique… JR redormira ensuite dans la matinée, moi, en fin d’après-midi.
Ah ah notre Yoda découvre le froid ! Elle a élu domicile sur la banquette et dort toute pelotonnée contre nous. Petite bouillotte bien appréciée même si elle a tendance à prendre toute la place ! :)

Transat îles de lAtlantique en nav Et ça pionce toute la journée !

Le lendemain, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Ou presque ! La nuit a été bonne, donc le sommeil réparateur ! Au réveil, j’observe que la mer est moins forte et le ciel moins chargé que d’habitude, cela me ravit !
Renaissance file avec 10 à 15 nœuds de nord-ouest au près bon plein, c’est cool et tranquillou. Jean-Rémy dort, Yoyo aussi !
Le baro est en train de grimper ; nous allons nous faire rattraper par un deuxième anticyclone, avant la prochaine dépression. Le courant contraire a disparu. Mes tartines de pain grillé au petit déj étaient délicieuses. Bref, avec tout ça, je suis de bonne humeur !
Pendant l’après-midi, la houle augmente et des petites vaguelettes traîtresses salopent notre confort à bord ! On a quand même réussi à se doucher. Ce fut l’exploit de la journée, pas si facile les deux mains cramponnées aux mains courantes de la salle de bain… :)
Une grosse bande de dauphins arrivent tout d’un coup autour de nous. Ils sont impressionnants de vitesse et de puissance ! Après avoir fait quelques cabrioles dans les vagues derrière, ils  rejoignent à fond la proue du bateau pour nous ouvrir la route à tour de rôle. Merveilleux spectacle que voilà…

Transat îles de lAtlantique en nav Une maman et son petit

Transat îles de lAtlantique en nav Olé !

La nuit sera quelconque, un peu ventée mais réconfort ; on avance drôlement bien. Le courant se serait il enfin ranger de notre coté ?

Début laborieux pour cette onzième journée de mer. Le vent mollit de plus en plus, les voiles claquent… On connaît la rengaine ! La pétole s’installe peu à peu et elle va peut-être nous suivre un jour ou deux. Nous calculons que nous avons encore 250L de gasoil à bord, soit environ 415 milles de moteur alors qu’il ne nous reste plus que 640 milles à faire pour rejoindre les Açores. De ce côté là, pas de soucis donc. Seul le démarreur nous inquiète un peu, il fait de plus en plus de bruit à chaque fois qu’on a besoin de lui…

Transat îles de lAtlantique en nav Y’a des matins, pour rien au monde je ne laisserais ma place…

Transat îles de lAtlantique en nav

Après 22h de moteur, le vent revient tout doucement ! Cette fois-ci, nous touchons du sud-sud-ouest et nous sommes au près bon plein. Pas grand-chose à raconter, il fait beau, la mer est belle et Renaissance continue sur sa route ! Encore quelques jours et bientôt le repos gentil bateau !

Transat îles de lAtlantique en nav La mer est calme, balade sur le pont autorisée !

On a testé le brownies au chocolat tout préparé à l’avance, le truc en poudre et en boîte acheté à Nassau. Je m’en faisais un régal, ce fut une déception, pire encore ! J’aurai du en faire un vrai. Du coup, pour compenser, bah j’ai fait des bonnes crêpes bien beurrées donc bien grasses. Faut dire que ce sera notre toute première traversée sans perdre un kilo ! Durant toute cette navigation, on n’a pas arrêté de grignoter !

Gros trafic durant la nuit ! Nous avons croisé trois cargos coup sur coup dont un gros connard qui ne nous répondait pas à la VHF malgré nos appels et qui est passé à 0,5 milles de nous ! On a du virer pour l’éviter…

Le lendemain, le vent passe à l’ouest-sud-ouest et monte un peu. Nous sommes au grand largue puis finissons par tangonner le génois pour nous mettre en ciseaux. Notre vitesse évolue entre 5 et 7 nœuds et sur le bon cap s’il vous plait ! L’arrivée n’est plus très loin maintenant, plus que 220 milles à faire… Ce qui devrait nous faire arriver demain soir si on la joue finement !
Les Açores se rapprochent. Les dauphins viennent nous faire la fête maintenant plusieurs fois par jours et les oiseaux de mer sont de plus en plus nombreux. Des sternes, des puffins, des pétrels… Aussi nous venons de passer à même pas deux mètres d’une grosse bestiole marine ! Nous pensons encore à un cachalot, sans certitude… Nous l’avons aperçu au dernier moment, juste à côté du cockpit dans le reflet d’une vague. Plus tard également, j’aperçois un autre gros cétacé qui souffle et qui nage à la surface, cette fois-ci plus loin sur l’horizon…

Transat îles de lAtlantique en nav  On a bien failli lui passer dessus ! Ça ressemble à ça !

Quatorzième et… dernière journée de mer !
Bouhh quelles sont longues ces dernières heures, on a hâte de retrouver la terre ferme ! Le vent est un peu tombé. Du coup, nous sommes sous voiles mais avec le moteur en complément pour arriver sur Flores avant la nuit. A bord, on dort ou on s’occupe mais surtout on trépigne carrément d’impatience ! Régulièrement, nous guettons l’horizon pour voir si un bout de terre est apparu sur l’horizon. Mais ce ne sera qu’à 20 milles de l’arrivée et sous une grosse masse de nuages qu’enfin la douce île de Flores se dévoilera pour notre plus grand plaisir.

Transat îles de lAtlantique en nav Arrivée sur Flores…

A première vue, c’est beau, c’est haut, c’est vert et très découpé avec des falaises qui tombent à pic dans l’océan ! Hum, je sens déjà la superbe escale…
Vers les 18h, Renaissance pénétrait avec précaution dans la toute petite marina de Lajes et s’amarrait joyeusement sur le premier ponton venu ! Terminus tout le monde descend !

Ça y est, c’est fait ! On l’a fait ! On y est ! Tadaaaaa, nous sommes aux Açores ! :)

Une fois le bateau bien en place, nous nous précipitons à terre pour un petit tour rapide du village trop heureux de pouvoir enfin nous dégourdir les jambes après ces deux semaines passées en mer !

En bref :

1700 milles des Bermudes à Flores en 14 jours et demi. On en a fait 100 réels de plus. Soit une moyenne grosso modo de 5 nœuds ! Une performance qui nous satisfait même si nous étions régulièrement sous-toilés toujours pour économiser le bateau… En même temps, nous avons eu de bonnes conditions météo sur l’ensemble de la traversée. Pas de vent dans le nez, pas de près serré, pas de longues périodes sans vent, pas de grosse dépression non plus, pas d’orages ou si peu…
Le vent n’a jamais dépassé les 35 nœuds !
Une soixantaine d’heures de moteur avec trois périodes de pétole et nous manquions également d’énergie durant les journées nuageuses…
Soucis techniques : pas grand chose !
4 rivets du tangon pétés suite à notre accostage pas délicat au ponton formalités lors du départ (avec le tangon rangé à l’extérieur des filières…) Réparé le premier jour !
Une visse de l’éolienne a sauté sur JR…
Le démarreur qui marche toujours mais, à regarder…