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Nouveau décor

Un mois après notre arrivée, il faut bien nous rendre à l’évidence : il n’y a tout simplement pas de boulot pour moi à La Rochelle. Mais comment ça infirmière et au chômage technique !? Et oui malheureusement, les choses ne sont plus celles qu’elles étaient il y a encore deux ans. Aujourd’hui, et un peu partout en France, c’est la grosse galère pour trouver un poste. Et n’allez pas croire là que les services de soins se portent mieux ! Non non au contraire, il manque toujours autant de soignants, seulement maintenant les hôpitaux n’ont soi-disant plus les moyens d’embaucher. Et voilà pas qu’à présent les tous nouveaux diplômés ne retrouvent à faire la queue chez pole emploi ! Bref, me voici donc contrainte d’élargir ma recherche…
Et c’est à Royan qu’on me fera une proposition, dans le cadre de l’ouverture d’un tout nouveau service à l’hôpital. Réintégration anticipée sur ma dispo ok et demande de mutation ok. Finalement, les choses se goupillent pas trop mal. Bon et bien reste plus qu’à déménager !

Le 16 septembre, Renaissance a profité de la journée pour parcourir la petite soixantaine de milles qui séparent La Rochelle de Royan. Pas beaucoup à raconter sur cette petite navigation ; peu de vent, beau temps, une mer très calme et plutôt verte, des petites méduses et des grosses par centaines…

Le bateau a trouvé une place en forfait hivernage et pour la suite, bah j’ai envie de dire : on verra bien ! Après quelques retrouvailles famille, Jean-Rémy s’est également mis en quête d’un futur boulot. Il devrait commencer d’ici quelques jours et moi dans quelques semaines. Donc, ça y est ; la machine est lancée… Il est temps de remettre en activité nos deux carcasses et nos méninges ! Pour tout vous dire, la reprise nous inquiète un peu et promet d’être folklo sachant qu’on n’arrive désespérément pas à émerger en temps normal avant les 10h. Mais cela va nous faire du bien et j’espère surtout, nous faire sortir de cette espèce de morosité qui nous colle à la peau depuis notre retour en France. Donc euh si vous avez un ou deux réveils qui traînent hein… :)

Sinon le matou va très bien. Elle s’est acclimatée sans problème à son nouvel environnement royannais et gambade tous les jours sur les pontons. Elle a également rencontré ses deux acolytes du Lot-et-Garonne lors d’une petite virée à la campagne… On se l’était imaginée cabriolant dans la nature et grimpant aux arbres en dégustant cette nouvelle liberté… Et non pas du tout ! Notre Yoda n’a pas vraiment aimé cette nouvelle sensation de l’herbe sur ses coussinets et n’est donc pas sortie souvent de la maison ! Fallait la voir tenter de marcher et de courir dans la verdure, tout en levant bien haut les pattes, pour toucher le sol le moins possible ! Bon, on s’est marré :)

Nouveaux copains !

A voulu gouter l’eau de La Rochelle avant de partir…

Que vous dire de plus ? Concernant le bateau, nous avons vendu tout plein de matériel qui ne nous aurait plus servi et nous avons peu bidouillé à bord. Pourtant, il y a bien des petites choses à faire mais la motivation nous fait défaut. Ah si, notre super chauffage re fonctionne et en fait… c’est déjà beaucoup ! :)

Transat retour 1 : Des Bahamas aux Bermudes

C’est le grand saut ! Mercredi 21 mai, nous levons l’ancre vers 9h et amarrons le bateau au fuel dock pour un tout dernier plein d’eau et de gasoil avant d’appareiller pour les Bermudes. Maintenant, c’est parti pour 815 milles très exactement ! (En fait, faut que je vérifie mdrr)
Le temps est radieux, Renaissance s’élance sur une mer plate et sous un ciel ensoleillé. Nous hissons la grand-voile avec un ris et le foc en prévision de cette journée au près serré. Tout est calme et tranquille.
Dans l’après-midi, les conditions évoluent. Le vent grimpe à 20-25 sous d’énormes lignes de grains. Première avarie : le point d’écoute du foc ; l’anneau en inox se pète en deux alors qu’une rafale plus grosse que les autres nous bouscule. Merde ! Nous nous grouillons d’affaler et de rétablir un bout de génois à l’avant. Et voilà une voile de moins ! Notre humeur en prend un coup, d’autant plus que nous tirons des bords désastreux. Les grains nous amènent du vent complètement farfelu avec lequel nous peinons à remonter… Six heures après notre départ, nous sommes attention à…10 milles au vent de Nassau ! La loose ! A ce rythme là, on n’est pas rendu ! Et maintenant, voilà pas le capitaine qui en plus en rajoute une couche, qui râle à qui peut bien l’entendre (euh bah moi en l’occurrence), que rien ne va, qu’on n’arrivera pas à sortir des Bahamas, que c’est tout pourri, qu’il y a des grains partout, qu’on avance pas, blablabla… A ce moment là, une petite envie de l’assommer avec la manivelle de winch m’a légèrement chatouillé hum… Je le sais bien que c’est seulement le premier jour de la traversée mais pas la peine de se répéter tous nos malheurs en boucle oh !
En fin de journée, le vent devait prendre plus d’est mais évidemment il n’adonne pas comme prévu. Nous perdons peu à peu patience entre ces grains maintenant sans vent qui nous encalminent et ces nombreux paquebots qui nous empêchent de virer au moment où on le voudrait. Dans la nuit enfin, nous quittons le chenal entre Eleuthera et Great Abaco. Au revoir les Bahamas. JR me dit de ne pas leur dire adieu, que cela nous porterait la poisse… Au petit matin, tout va mieux même si nous faisons du 25° au lieu des 60° en tout droit sur les Bermudes… Qu’importe, on avance et à peu près dans le bon sens en plus !
Comme les prévisions météo l’indiquaient, le lendemain, une zone sans vent nous bloque la route et ce, pendant une journée. Nous mettons donc le moteur en marche car nous souhaitons choper le vent de sud-ouest prévu un peu plus haut à partir de demain. Début de journée très désagréable, le bateau tape dans les creux mais fort heureusement cela ne dure pas. La houle s’estompera peu à peu pour nous permettre ensuite de filer sur une mer archi plate et presque d’huile.

Tiens, Yoda est réapparue aujourd’hui après avoir passé sa première journée de mer à comater sur la banquette du carré. Là, elle est en train de se frotter et de lécher les chaussettes puantes de JR ! Pouaah la pauvre, elle ignore sûrement à quel risque elle s’expose…
Ok la brise diesel c’est chiant, c’est bruyant et ça réchauffe le cœur du bateau… mais au moins, cela a le mérite de nous faire avancer tout droit vers notre destination tout en nous calant à 5 nœuds. Nous croisons deux cargos ainsi qu’un voilier faisant route inverse.

C’est drôlement beau, non ? J’aime…

Troisième jour et nous touchons maintenant la queue d’une dépression qui nous amène du vent de sud-ouest. Malheureusement, après notre première journée « galère », nous avons pris du retard et sommes un peu trop au sud de la zone. Du coup, le vent est assez faiblard pour pousser notre coque. Dilemme : avancer encore au moteur vers le nord pour trouver du vent plus fort, ou se contenter de ces petits 10-12 nœuds de vent portant ? Et bien comme nos réserves de gasoil sont comptées, nous nous mettons sous voiles et décidons de faire avec ce qu’Eole veut bien nous donner. Nous tentons alors de nous mettre en ciseau, mauvaise idée. Il y a un peu de houle, les voiles claquent, cela nous stresse et nous craignons une nouvelle déchirure. Et le gréement qui trinque… Bref, après avoir essayé pleins de configurations possibles, nous finissons par faire route juste avec un bout de génois tangonné. Notre vitesse n’est pas folichonne, entre 2,5 et 4 nœuds au mieux, mais nous avançons, tout en roulant d’un bord à l’autre…

Les copains sont de la partie !

Durant la nuit et le lendemain, le vent monte très légèrement mais cela nous permet enfin de renvoyer de la toile. Nous sommes maintenant en ciseau et progressons un peu mieux avec un bateau un peu plus appuyé donc plus confortable.
Pendant ces deux derniers jours, le ciel est resté incroyablement vide et bleu ! Aucuns nuages sur tout l’horizon, c’est une chose rare qu’on ne voit pas si souvent dans le secteur. Par contre, ce soir, à bâbord, nous pouvons observer au loin, une masse blanchâtre, pas très nette, assez diffuse, qui semble tout doucement se rapprocher de nous…

Pas un pet nuageux, photo de la veille… (Tiens ! Une empreinte de doigt sur l’objectif ! :)

A la nuit tombée, c’est carrément le gros flip’ ! Ce ne sont pas de simples nuages qui se sont rapprochés ; mais ils forment en fait une énorme barre orageuse qui couvre toute la moitié ouest de notre horizon. Celle-ci est particulièrement active et des dizaines d’éclairs apparaissent chaque seconde. Des jaunes, des blancs, des espèces de boules rouges qui semblent exploser… Jamais nous n’avons vu un tel spectacle. Nous aurions été à terre ou au moins au port, on se serait sûrement dit wahou, qu’il est beau ce feu d’artifice naturel. Mais là, en pleine mer, on n’en mène pas large ! Et surtout que ça continue de se déplacer vers nos tronches… En fait, depuis Cuba, on parle d’orages et de trombes marines. Alors possible que ce coin soit particulièrement concerné par ce genre de phénomènes, je n’sais pas. Sans être trop paranos, nous faisons attention « aux signes » qui nous entourent et à vrai dire, en ce moment le sujet de la foudre revient régulièrement. Lecture de blogs qui en parlent sans avoir cherché ce thème, rencontre avec un bateau qui s’est pris la foudre, un autre Westerly Sealord qui vient également d’avoir quelques soucis, etc… Bref, on est tout stressé parce que même en fuyant à l’est, on va devoir y passer sous cette barre orageuse. On chope iridium, gps portable et vhf qu’on colle dans la cocotte, et l’ordi dans le four ! Des fois que ces pseudo cages de Faraday de radio ponton fonctionnent… Avant que les orages ne soient trop près, JR va enlever le tangon, on affale tout et on rentre se cacher à l’intérieur du bateau en faisant route au moteur. J’entends le tonnerre qui gronde. L’attente est lourde, on a l’impression d’aller à la potence. On croise les doigts parce qu’en gros, si la foudre tombe sur le mat, elle traverse comme elle peut, et ressort en entraînant très souvent une voie d’eau par éclatement du polyester ou en faisant fondre les passe-coques. Rajouté à ça, un incendie électrique et une perte de tout l’électronique du bord… Ouai, ça fait rêver hein !?
Pendant plusieurs heures, le bateau est illuminé par les éclairs qui ne doivent pas nous passer très loin, puis enfin, plus rien. Nous ressortons de notre cachette et reprenons notre cap initial. Ouf, le monstre est derrière nous et correspondrait peut-être à la rencontre d’un front chaud et d’un front froid…

Cinquième jour. Après cette nuit de folie, nous accueillons joyeusement l’aube. Les orages sont passés mais le ciel reste entièrement bouché. Aujourd’hui, le vent en train de virer progressivement du sud-ouest au nord-nord-est en passant par l’ouest et le nord. Nous sommes donc contraints de tirer un bord à l’est-sud-est et ce, jusqu’à demain au moins ! Pas grave car notre route actuelle est plus à gauche que la route directe Bahamas – Bermudes.
Les grains se succèdent à bon rythme. Du coup, nous sommes un peu sous-toilé pendant une bonne partie de la journée pour ne pas avoir à prendre et à enlever des ris tous les quarts d’heure. Le ciel est morose, mon humeur aussi. JR dort un peu et Yoda s’ennuie… On n’a pas trop vu le soleil. Il fait froid, on n’a pas quitté nos vêtements de quart de toute la journée.

Vraiment pour dire qu’on a vu le soleil aujourd’hui…

Le lendemain, nous faisons toujours du sud-est et attendons que le vent se décide à virer. Mais non, monsieur semble bien installé et ne veut pas passer au sud-est et préfère rester dans l’est. Du coup, notre bord part de plus en plus vers le sud, pas vraiment la bonne route quoi. Fin d’après-midi, il est temps de virer ! JR dort et je le réveille tout en douceur au son d’un : «  Faut virer, l’ordi a planté, y’a plus de cartographie ! » Le réveil est rude. Mais non j’ai rien touché moi ! C’est la faute de ton ordi pakistanais ! (NB : Acheté en duty free à Saint Martin y’a quelques mois, ooh là on avait fait l’affaire du siècle ! Le truc avait même pas une semaine que la barre d’espace ne marchait plus et que l’écran grillait en laissant une fumée nauséabonde dans le bateau…)
Nous tirons un bord plein nord de nuit et sous d’énormes grains menaçants plus noirs les uns que les autres. Au radar, nous visualisons une petite tache bien ronde juste à un mille derrière nous ! Pas de feux, pas de bateau, nous pensons à une trombe qui s’éloigne rapidement…
Après plusieurs dizaines de milles sur ce bord, nous sommes forcés de constater que nous faisons maintenant du nord-ouest au lieu de nord-est ! On s’éloigne donc des Bermudes ! Il faut re-virer au sud-est et attendre patiemment la renverse… Première fois que les gribs se plantent, ils la prévoyaient pour hier soir ! On a déjà la houle, le vent va suivre, patience…
Mardi, septième jour. Enfin dans la soirée, le vent vire comme il faut et voilà Renaissance qui file maintenant au nord-est ! Cool, nous sommes enfin sur le bon cap, on commençait à désespérer là !

Un oiseau curieux nous tient compagnie, qui est-il ?

Y’en a une qui ne loupe rien des acrobaties du piaf…

Le lendemain, nous passons une magnifique journée au travers ! On est content car nous avons rarement la chance de naviguer à cette allure. Il fait beau, le bateau marche super bien, et c’est particulièrement confortable. Et oui, cela nous rappelle qu’y’a pas que le près serré et le portant dans la vie héhé ! Le vent et la houle montent dans l’après-midi alors que les prévisions météo les annonçaient plus faibles mais ça reste agréable. Alors que nous faisons les nigauds à se marrer et à observer l’affichage erroné du loch (vitesse du bateau) pendant les surfs de Renaissance, le pilote auto se manifeste et décroche tout seul. D’un coup, c’est plus trop drôle surtout que l’atmosphère s’assombrit également au passage d’un grain et que le vent accélère. Merde, oh non, pas le pilote auto… On éteint notre troisième équipier et rallume, ça fonctionne, ouf. Apparemment ça s’rait de ma faute, j’aurai étouffé le calculateur du pilote sous des sacs de bric et de broc… Fallait le dire plutôt ! Ok, dans le placard sacré, on ne met pas de boîtes de conserve non non, et on ne le bourre pas non plus à craquer de sacs…

Pas de doute, nous sommes bien sur la mer des Sargasses

Attentioon !! Méchant grain derrière toi !

Vitesse du bateau : 14, 3 nœuds avec 13 nœuds de vent ?

Nous calculons qu’il nous reste maintenant moins de 200 milles à faire avant de toucher terre ! Ce qui devrait nous faire arriver… bah demain, tiens (déjà) ! Il annonce du 15-20 nœuds de ouest-sud-ouest pour cette nuit et demain, c’est tout bon pour nous ça, yé…
Le temps que le vent s’installe correctement, nous faisons route au moteur sur une mer qui s’assagit… Puis nous nous mettons en ciseau pour la nuit même si le vent reste faiblard. Ça doit monter, alors encore une fois, restons patients…

Enfin un super coucher d’soleil !

Jeudi 29, huitième et dernière journée de mer !
Pffiou la nuit passée a été très difficile. Nous avons été particulièrement ballottés alors qu’il n’y avait pas suffisamment de vent pour faire avancer notre bateau dodu. A peine 12-13 nœuds derrière, c’est un peu limite pour tenir les voiles par mer formée. De plus, cette nuit a tout simplement été polaire ! On s’est couvert comme on a pu et de tout ce qu’on avait sous le coude mais nos dents n’ont pas cessé de claquer…
Du coup, ce matin, nous sommes fourbus et nous avons mal partout. On se dit qu’il est grand temps d’arriver maintenant. La mer n’est pas très belle aujourd’hui. Un peu grosse, grise et dans tous les sens, je la classe volontiers dans la catégorie « mer pas très sympa ». Ca moutonne pas mal aussi, il y a 18 nœuds de vent, rafales à 25… Nous surfons dans les vagues mais restons sur nos gardes car cette mer croisée à tendance à nous prendre de côté… Et puis, nous sommes en ciseau, le vent un peu trop derrière, un peu coincés entre le génois qui claque, le cap à suivre et le risque d’empanner avec la grand-voile (même si on a une retenue). Le soleil tarde à sortir puis est entièrement caché par les voiles. Pas d’bol, j’arrive pas à me réchauffer… JR a une tête de déterré et se fait trois hot-dogs en guise de petit déj, puis se dit que c’était peut-être un peu beaucoup en avalant sa dernière bouchée mdrr. Il a également arrosé la cuisine de mayo, sympa ! Bon, il nous reste 70 milles à faire, je sens que ça va être long ! La mer continue de gonfler, en particulier la houle d’ouest-nord-ouest qui nous prend aux trois quarts arrières…

Comme à chaque arrivée après une longue navigation, je m’étais fait tout un monde de l’arrivée aux Bermudes, du moins de la découverte de l’archipel sur l’horizon… Genre temps radieux, bateau qui file sous voiles, odeur de la terre, les oiseaux qui piaillent, une escorte de dauphins à la proue du bateau, les cheveux au vent, moi ou lui devant au balcon, grand sourire aux lèvres et criant « Terre, Terre ! » en pointant du doigt l’horizon. Bah non, là, en l’occurrence, c’est pas vraiment ça. Nous sommes à présent sous une brume épaisse, on n’y voit pas grand chose mais pourtant la terre est bien là devant. Nous grelottons et nous sommes malmenés par une mer vraiment pas cool. Plus que quelques milles, une éternité…
Passé la pointe sud de l’île, ça va déjà mieux. La mer s’ordonne, le vent se calme. Faudrait pas qu’il disparaisse non plus, on voudrait bien arriver de jour nous !
La brume s’est estompée mais maintenant… nous sommes sous les grains et sous la pluie ! Çà, c’est de l’arrivée ! Euh, s’il vous plait un petit rayon d’soleil, c’est possible ou bien ? Une bande de dauphins viennent jouer à l’étrave le temps de nous remonter un peu le moral. Ils s’éclatent, il y a encore de la houle, c’est leur terrain de jeu… Nous nous déridons peu à peu.

Les dauphins nous accompagnent pour l’arrivée…

… sur les Bermudes !

A six milles de l’arrivée, le Bermuda Harbour Radio prend contact avec nous après nous avoir repéré grâce à leur super radar. Nous communiquons avec un bonhomme tout cool qui prend la peine de bien articuler chaque mot pour que nous puissions le comprendre. Fallait bien ça après 8 jours de mer et notre anglais toujours aussi minable. Il demande des infos sur le bateau, puis sur notre matériel de sécurité, comme par exemple le numéro de l’EPIRB (balise), le numéro du tel satellite, le numéro Unin… Hein, tu le connais toi, ton numéro Unin ?! Il nous souhaite la bienvenue aux Bermudes et nous demande de le recontacter si problèmes ou si besoin d’info. Aah si tous les officiels étaient partout comme ça…
Nous attaquons maintenant les alignements et le chenal qui mène au lagon de Saint Georges sous une pluie intense et un ciel noir. On se concentre, l’entrée est étroite, faudrait pas la louper, ce serait ballot quoi…

Entrée dans le lagon…

Ensuite, amarrage au ponton des customs et immigration pour des formalités rapides ! Avec un personnel sympatoche en plus. Le bonhomme nous pose les questions habituelles après avoir traduit vocalement chaque phrase sur son Smartphone. Ah que c’est beau la technologie mdrr. Les frais d’entrée aux Bermudes sont de 35$ par personne. Il nous remet un plan de la ville en nous souhaitant également la bienvenue sur l’île. Une rapide course en ville (des clopes, un twix et un steak) et nous rejoignons les autres bateaux au mouillage dans le lagon tout juste quand la nuit s’installe…
Ça y est, nous sommes aux Bermudes ! :)

En plus bref :
8 jours et demi pour faire 815 milles en ligne droite.
Mais en fait, notre route est très loin d’être droite ! Seulement, je suis bien incapable de vous dire combien de milles en plus nous avons fait suite au plantage de l’ordi.
On compte tout de même un total de 290 milles au moteur (58 heures). Estimation de la conso du Volvo : 2,70 L par heure.
Au niveau vent sur le parcours : nous avons eu de 0 à 28 nœuds (sous un méchant grain) et sur 360° ! Nous sommes donc passés par toutes les allures… et en fait, c’est assez sympathique. Ça permet d’éviter la monotonie et les inconvénients d’une trop longue navigation à la même allure.
La mer est restée très correcte sauf le dernier jour.
Nous avons croisé un cargo pratiquement chaque jour. Le plus près est passé à deux milles de nous mais avait déjà modifié sa trajectoire. En fait, c’est assez rassurant de voir qu’il y a du monde qui croise dans cette mer…
Sinon le temps est passé drôlement vite ! Bon ok, sauf la première et la dernière journée, les plus difficiles au niveau des conditions de navigation… Mais dans l’ensemble, ça été une belle traversée malgré de nombreuses nuits à grains (sans pluie !). Si on a les mêmes conditions pour les Açores, ça nous va. On s’est un peu traîné mais notre priorité était surtout d’économiser le bateau et d’arriver en bon état à bon port.
Au niveau p’tits soucis : point d’écoute du foc pété (voile inutilisable pendant la navigation), bitoniau du renvoi bâbord de l’écoute de génois qui voulait se faire la malle (on lui tapait dessus à la manivelle de winch), bitoniau du winch électrique tribord encore cassé (on lui tapait dessus à la manivelle de winch), tuyau d’arrivée de gasoil qui fuitait à la jonction (réparé), pas très bonne réparation de la bordure du génois par la voilerie de Nassau (ça tient mais alors la couture n’a pas été faite avec la voile à plat, bref ça tire dessus et ça donne une mauvaise forme au niveau du bas de la voile), plantage de l’ordi temporaire (le mac a pris le relais en attendant que l’autre se remette), pilote auto qui a décroché une fois (mais là, on n’a pas osé lui taper dessus à la manivelle de winch ;)

Cuba, grosse pétole !

Aux alentours de midi, le guindeau reprend du service pour récupérer notre ancre et nous quittons ainsi l’Ile à Vache. Juste derrière celle-ci, nous trouvons 15 nœuds de sud-est qui permettent à Renaissance de faire route au près le temps de rejoindre le Cap Haïtien. Un courant plus que favorable nous accompagne puisque nous traçons à plus de 7 nœuds avec voilure légèrement réduite.

Le soir venu, nous commençons la traversée du Windward Passage, canal de 180 milles séparant Haïti de Cuba. Malheureusement, nous chopons rapidement la pétole au lieu des 10 nœuds de vent de travers annoncé et c’est grâce à notre moteur que nous avançons une bonne partie de la nuit.

Deuxième jour et nous voilà luttant à la voile. Renaissance progresse avec peine à 3 nœuds dans un vent léger et une allure portante. Durant les heures les plus chaudes de la journée, le vent monte un peu mais ce n’est pas pour autant que le bateau accélère. Bizarre ! Même crade, Renaissance file d’habitude un peu plus rapidement avec les conditions actuelles. Nous pensons à un courant de face qui nous ralentirait, ce qui est d’autant plus louche que nous devrions l’avoir avec nous ! Nous pensons même traîner quelque chose derrière le bateau mais nous avons beau regarder, il n’y a rien qui pourrait expliquer notre lenteur. Allongé sur le pont à la poupe du voilier, JR croit durant un instant voir une masse coincée devant le safran, peut-être une bouée. Nous décidons alors d’enrouler le génois afin qu’il puisse aller voir sous le bateau, avec un harnais croché sur l’échelle. En fait, fausse alerte, il n’y avait rien du tout ! Contre courant donc… C’aura été là l’occasion d’un bain de mer rafraîchissant en pleine navigation ! :)

En avant Renaissance !

La mer s’aplatit de plus en plus. Autour de nous, de très nombreuses algues font route en sens inverse. La mer des Sargasses n’est pas loin ! Dur pour la traîne, les hameçons se garnissent de salade…
Yoda nous pète un câble. Elle vient de nous faire un bon quart d’heure entier de « miaou » ininterrompus ! Sur le coup, on a eu un peu peur qu’elle aie bouffé un truc pas bon ou qu’elle se soit fait mal. En plus, elle était toute pommée. Et puis non, comme ça, après un p’tit moment, elle a arrêté de piailler. Mystère ! Bien sur, on n’exclue pas que ce soit sa manière de dire « Fait chier, y’en a marre de naviguer, j’en ai marre de vos conneries ! » arf.

C’est quand qu’on arrive !

Le soir venu, nous longeons Cuba et nous doublons le Cabo Cruz. Nous hésitons un moment à nous y arrêter mais finalement préférons continuer. Nous n’avons pas fait notre entrée dans le pays et il y a un poste de la guarda juste en face du mouillage. Et même si nous pouvons toujours prétexter un problème mécanique, cela ne nous emballe pas tellement de les voir débouler…

La nuit suivante sera douce, sous demie lune. Nous avons la délicieuse impression de flotter dans un univers suspendu où le ciel et la mer se confondent. Notre sillage dévoile le plancton fluorescent chamboulé sur cette mer tranquille. Renaissance gagne quelques milles à la voile, ôh pas bien vite, de 2 à 4 nœuds mais c’est toujours ça de fait…
Tous les matins, les dauphins nous rendent visite peu avant le lever du soleil. Malheureusement, ils semblent toujours pressés et nous quittent assez vite.
Sinon, je crois que nous n’avons jamais vu la mer Caraïbe ainsi, aussi calme et sereine. La moitié de nos mouillages sont plus agités que ça mdr ! Parfois, c’est juste une très longue ondulation qui arrive jusqu’à notre coque mais nous restons à plat… C’est méga appréciable et la vie à bord en est super facilitée.

Lever de soleil sur une Caraïbe endormie

Nous attendons le vent. Quelques petites risées, c’est reparti ?

Et non ! C’est ce qu’on appelle une mer d’huile !

Troisième jour, alors là, c’est la pétole intense ! Le guide nous dit qu’habituellement, sur cette partie de la côte cubaine, le vent moyen est de 6 à 10 nœuds de secteur est. Et effectivement, nous devons avoir à peine 4 nœuds réels plein cul donc 0 apparents ! Nous choisissons de faire un stop dans les Jardins de la Reine, faute d’air mais surtout car grosse chaleur intenable. L’atmosphère est très très lourde, pas un pet d’air. Nous rôtissons à petit feu et le pont est bouillant ! Et puis, nous ne pouvons pas continuer ainsi au moteur ne sachant toujours pas combien il consomme et combien fait exactement notre réservoir principal… On va donc se poser un peu, un jour ou deux, reprendre un grib, afin de repartir avec le vent…

Les cayes apparaissent peu à peu à tribord. Ce sont des centaines d’îlots déserts et inhabités, pas très volumineux, souvent constitués de mangrove et protégés pour la plupart par des bancs de coraux. Nous optons pour un mouillage facile, entre deux cayes, qui ne nous éloigne pas trop de notre route principale.

Les cayos en question…

Nous croisons un autre voilier qui comme nous fait route pas bien vite le long des îles au moteur. A quelques milles de l’arrivée, il troquera sa grand voile aussi inefficace que la notre contre un taud de soleil ! Nous n’osons pas faire de même et tentons de nous protéger en accrochant le doudou de Yoda (un grand paréo) sur la bôme pour avoir un peu d’ombre dans le cockpit…
Alors que j’ai tiré vainement mes deux lignes de traîne durant ces 3 jours passés, c’est naturellement au moment de l’arrivée et au moment de clôturer la session pêche, qu’un poisson se décide enfin à croquer mon leurre Poulpy Prairie ! Malheureusement c’est un décroché et j’ai bien failli partir à la baille lors de la touche… Je comptais aussi beaucoup sur Poulpy Barbie mais celui ci a disparu hier. Sûrement dans l’estomac ou pendouillant à la bouche d’un de ces voraces qui ne veulent pas se laisser attraper…On dit que les eaux de Cuba regorgent de poissons. Je me promets secrètement de faire mieux la prochaine fois et de soigner la confection de mes lignes. Du poisson, on va en bouffer !

Un groupe de dauphins passent au loin survolés par des frégates. Nous apercevons des tortues qui pataugent à la surface. L’eau est si claire qu’on visualise très bien le fond de corail sous le bateau à 15m plus bas ! Ca y est, le mouillage se dessine droit devant, on y est… :)

Encore plan-plan

Autant dans la baie précédente, il n’y avait pratiquement que du bateau de loc, autant dans celle là, il n’y a que du bateau de voyage… C’est un autre rythme. La plupart des vacanciers à la semaine sautent de mouillage en mouillage assez rapidement et même plusieurs fois par jour histoire d’en voir le plus possible. Dès le lever du jour, des voiles s’agitent sur l’horizon ! Du coup, j’ai même parfois l’impression d’être en retard… Mouton que je suis ! Et puis en retard sur quoi ?
Le bateau est actuellement posé à Benures Bay sur Norman Island et nous en sommes à notre deuxième nuit dans ce petit havre de paix. Cette baie est très peu fréquentée par rapport à ses proches voisines. Normal, elle ne possède ni plage de sable blanc, ni cocotiers, ni bars et resto, ni bouées et n’offre aucune facilité ! Elle n’est pas franchement belle et pourtant, on ne peut pas nier qu’on s’y sent particulièrement bien. Peut-être son côté sauvage et isolé…

On ne l’arrête plus dans sa barquette !

Il faut franchement se rapprocher du rivage pour trouver des fonds de moins de 10m mais la tenue dans le sable est excellente. De nombreuses tortues barbotent autour de nous et c’est avec enthousiasme que nous partons découvrir les fonds sous-marins. Nous verrons dans l’ensemble peu de jolis coraux mais une faune assez riche nous occupe un bon moment.

Au départ de la mini plage, un sentier en sous-bois puis en cambrousse monte vers les hauteurs de l’île et nous offre de chouettes panoramas sur tout l’archipel des BVI… Nous n’avons pas été jusqu’au bout mais je pense qu’il doit rejoindre la grande baie de The Bight plus à l’ouest.

Le lendemain, vendredi, nous sommes partis pour Soper’s Hole sur Tortola afin d’y faire nos formalités de sortie ainsi que quelques courses en prévision de la future traversée. Nous avons pris une bouée le temps de faire tout ça, pratique car il y a beaucoup de fond, et sommes partis à la rencontre des officiels. Trois minutes après, nous étions dehors, formulaires ok et allégés de 12 $US. On peut dire qu’ils sont efficaces !
C’est également d’ici que ce fait la technique du ferry pour obtenir un visa américain. Suffit de prendre la navette direction les USVI, faire son entrée, revenir et y retourner en bateau ! Magouille ! Ah et pour ceux qui se posent la question, concernant notre matou, nous avions simplement omis de la déclarer lors de notre entrée dans les BVI. Nous avions donc une clandestine à bord ! On lit de tout sur les animaux de compagnie aux Iles Vierges Britanniques. Apparemment, ils auraient facilité les procédures et il ne faudrait plus que le passeport international de l’animal avec vaccins à jour ainsi qu’un permis d’importation qu’il faut je crois demander auparavant au service d’agriculture ou un truc du genre… A vérifier tout de même !
Avitaillement rapido et une demi heure plus tard, nous repartions vers Benure Bay, notre valeur sûre en tirant des bords assez carrés à cause du courant. Nous qui ne voulions pas naviguer aujourd’hui et simplement nous reposer, c’est archi loupé… Nous mettrons près de 3 heures pour remonter au vent et pour rejoindre notre mouillage pourtant qu’à 7 milles de Soper’s Hole ! Mouai c’est pas terrible…

Bon maintenant détente méritée pour notre dernière soirée dans les parages !
Demain, Renaissance abandonnera les Vierges pour rejoindre l’île d’Hispaniola, à deux trois jours de nav’ vers l’ouest ! :)