Archives du mois de janvier, 2014

Dans le repaire de Nelson

English Harbour est une petite baie étroite et sinueuse particulièrement bien protégée et invisible du large. Deux avantages qui en ont fait le principal bastion anglais de toute la Caraïbe du temps de l’amiral Nelson… La vieille base navale est maintenant devenue un site touristique ainsi qu’un haut lieu du nautisme notamment grâce à l’installation d’une marina luxueuse sur le site. Heureusement, il est toujours possible d’y mouiller son ancre !

Deux possibilités, au fond dans la mangrove ou devant la petite plage de Freeman Bay tout à l’entrée. Pour nous, ce sera l’eau claire et la facilité ! La tenue y est très bonne mais le mouillage est vite surchargé. Gaffe à l’évitage la nuit ; le vent tombe et les bateaux fraternisent et se tapent même parfois la bise ! :)

Le lendemain, nous partons faire nos formalités d’entrée tout en visitant le très emblématique Nelson Dockyard. C’est impressionnant comme il y a foule, nous croisons énormément de personnes, groupes en visites avec guides, appareils photo et caméscopes allumés partout, on se bousculerait presque. Les vieux bâtiments d’époque sont bien restaurés et l’ensemble est assez sympathique avec une évidente touch’ so british.

Anciens quartiers…

Un beau travail de charpente ?

Ancienne cale…

Les formalités se font en cinq minutes et l’accueil est indifférent. Le système Eseaclear facilite effectivement la paperasse et nous évite de remplir les trois ou quatre documents habituels. Grâce à notre numéro de dossier, ils impriment le tout et nous n’avons plus qu’à signer, à présenter les passeports et à passer à la caisse ! En $US ou $EC ? Et bah en dollars Est Caribéens, c’est bien la monnaie du pays non !!? Donc nous avons déboursé 88 $EC (25euros) et ouf, pas de visite vétérinaire obligatoire et payante pour Yoda ! En effet, nous avions initialement hésité à la déclarer aux douaniers car certains équipages avaient du passer par la case Véto en arrivant à Antigua. Finalement no soucy ! De toute façon, ils n’ont même pas pris la peine de lire le dossier imprimé…. Merci Freevol au passage pour les infos ! ;) NB : Et si vous n’avez pas fait Eseaclear avant d’arriver, c’est possible dans l’office qui jouxte les customs-immigration, quelques ordi sont consacrés à cette tâche…

Antigua est une destination mondialement connue pour le yachting haut de gamme (avec entre autres deux grosses régates célèbres) et ce sont d’énormes embarcations que nous découvrons amarrées sur les docks.

On s’en doutait car la nuit dernière, nous avions déjà noté que la plupart des feux de mouillages dans le port étaient rouges au lieu de blancs… Ah oui, c’est pour les avions !

Voyez donc quelques photos des monstres :)

C’est moi qui ai le(la) plus gros(se) !

Nacelle pour grimper au mât !

Rois des champignons satellites !

Petite annexe (certainement plus confort que notre piscine flottante !)

Longueur de cette bôme !

Oulala mais il reste quelques saletés sur la coque ! Ah non ouf, c’est le reflet de l’eau ;)

Foirer son arrivée

Il fait encore nuit mais réveil de bonne heure histoire d’arriver assez tôt sur English Harbour à Antigua ! La zone de mouillage n’étant pas très grande, nous préférons tenter d’y être dans les premiers… C’est loupé ! Apparemment, nous ne sommes pas les seuls à avoir eu cette super idée et c’est une dizaine de bateaux qui quittent Deshaies avant les 6h du mat’ en direction du nord…
Nous levons l’ancre peu de temps après au même moment que notre voisin anglais de devant.

Bonne surprise, la houle est moindre ! C’est déjà un peu plus confortable. De plus, nous sommes au travers et Renaissance avance bien. Par contre, nous rôtissons sous ce soleil de plomb qui travaille à nous donner de bons coups de soleil. Yoda, qui d’habitude boude et passe la navigation a sommeillé dans le carré, vient nous rejoindre et ne semble pas trop souffrir de la mer ce coup-ci.

No stress… :) Un peu Maru sur les bords…

Nous mettrons 7 heures pour avaler les 43 milles entre Antigua et la Guadeloupe, pas mal. Comme d’hab, le vent forci à l’arrivée et cumulé à la fatigue, voilà pas qu’on commence à s’embrouiller tous les deux pour une bêtise pendant le rangement des voiles ! C’est toujours la même chose, le même schéma : il s’énerve, ça m’énerve qu’il s’énerve, on s’auto énerve, ça gueule, ça braille… Chacun vocifère de son côté, de toute façon avec le vent on n’s’entend pas ! :)

Bref on arrivera en râlant dans un English Harbour tout calme. Ou comment passer discret… On sent le regard des autres, ça en rajoute une couche mdr ! On s’y reprend à deux fois pour poser l’ancre là où on l’voulait alors qu’il n’y a pratiquement plus de vent. Le bateau de devant nous scrute sans vouloir nous dire bonjour et se met debout dans son cockpit face à nous rrrr.
Quoi t’as un problème toi aussi là !?
Marche arrière, sommes bien crochés et mouillés juste devant notre voisin de Deshaies, qui lui est arrivé un petit temps avant. Salut copain de route !
Et puis d’un coup, bah la pression retombe et s’évanouit. Réconciliation illico et apéro ! ;)

Quelques instants après, un nouveau voilier se présente dans la baie pour mouiller à nos côtés. Nous sommes dehors donc observons discrètement la manœuvre. Celle-ci sera d’ailleurs parfaite et nous remarquons aussitôt qu’ils portent tous les deux des casques ! C’est nouveau et ça semble devenir à la mode puisqu’on en voit de plus en plus… Hum ça peut être pratique pour éviter de s’embrouiller et surtout de se donner en spectacle devant tout le monde… Ce sont en fait des talkies-walkies sur casques, un pour monsieur à la barre et un autre pour madame au guindeau. J’imagine que la chose a initialement été conçue pour des bateaux de 50m mais pourquoi pas hein !
Et puis ça fait très PRO, très style, très balai-dans-le-cul distingué… ! :)
Alors ça nous fait réfléchir, est-ce peut-être une solution pour nous ??
Mouai…. Bof pas convaincus ! En plus, je crois qu’on arriverait bien à s’engueuler par casques interposés :) et puis bon rassurez vous, tous nos mouillages ne se font pas en hurlant et en levant les bras au ciel quand même hein ! On est civilisé rooh…
(Du moins quand on essaie… :)

A Deshaies

On a joué toute la journée mais là du coup, on rigole un peu moins.
Nous arrivons assez tard sur Malendure, juste en face de la réserve Cousteau. Le soleil est déjà rasant et nous ne connaissons pas l’endroit. Nous trouvons une petite place derrière les autres par 9 m de fond de « tenue incertaine » et nous sommes un peu trop prêts des caillasses à notre goût. De plus, le vent nous porte justement vers ces rochers qui avec l’obscurité grandissante semblent se rapprocher. Le mouillage est aussi terriblement inconfortable ! Une épaisse houle de sud nous ballotte, c’est l’horreur… Alors quand notre breton de voisin joue essaie de jouer quelques notes sur sa cornemuse, l’ambiance devient carrément sinistre et on a très envie de se barrer très très vite de là.

Mais fait nuit autour alors au lit ! On dormira très peu et très mal…

Dès le lendemain, on quitte l’endroit. Direction Deshaies, notre dernière escale guadeloupéenne avant de tracer sur Antigua… Petite navigation au moteur car pas un souffle de vent sur une mer presque d’huile. Ma ligne de traîne nous ramènera une grosse orphie à la bouche pleine de grandes dents… (Et pas si dégueu que ça finalement à la poêle !)

Renaissance embouque dans l’anse de Deshaies sous d’énormes rafales de vent venant pleine face. Raaah je stresse un peu car ça va être sport le mouillage dans ces conditions !

Finalement cela se passe bien et nous balançons l’ancre en plein milieu de la baie pas trop prêts ni trop loin des autres… Cool. Une heure plus tard, les grosses rafales ont disparu, il n’y a plus du tout de vent et les bateaux commencent à se balader autour de leurs ancres… Gaffe à l’évitage !

Deshaies est assurément un bon mouillage. Pas rouleur du tout, assez grand pour ne pas être entassés les uns sur les autres et le village est mignon, caribéen et paisible ! Et puis nous sommes sur Basse-Terre, donc c’est un lieu stratégique pour découvrir la forêt tropicale et la superbe plage de Grande Anse tout à côté…

Sinon, on s’essaiera à la pêche du bateau car un gros banc de petits poissons squattant la coque de Renaissance se font bouffer par des plus gros. Les pauvres complètement apeurés sautent dans tous les sens à chaque attaque et nous en retrouvons des dizaines morts échoués et desséchés dans l’annexe. Voire tous raplaplas car coincés sous les lattes ! Parmi les prédateurs, nous remarquons des carangues mais surtout une magnifique thonine. Alors nous récupérons les cadavres et tentons de l’appâter, en vain… Par contre les carangues (ciguatera) et les orphies semblent plus intéressées. Après une heure, nous avouons notre défaite et rangeons tout le matos éparpillé sur le pont. On aurait pu manger de la Yoda aussi tellement les hameçons lui plaisaient, mais bon, on s’est dit qu’on préférait se la réserver pour plus tard en cas de gros coup dur…

Nous resterons quelques jours ici à profiter de cette quiétude et du wifi (payant).

La clearance de sortie se fait au magasin de souvenirs Le Pélican, à 4 euros pour l’ordi. Agréés par les douanes, ce système doit certainement plus leur rapporter que l’ensemble des babioles à touristes vendues dans leur boutique vus le nombre de bateaux transitant par Deshaies ! Bon en même temps, quel bonheur de pouvoir faire ses formalités rapidement et au village. Nous sommes également en train de tester Eseaclear, site internet de pré-enregistement pour faire ses formalités à Antigua-et-Barbuda. Apparemment cela faciliterait et accélérerait grandement la paperasse. A voir donc à l’arrivée…

Mercredi, le vent vire au sud-est, parfait ! Donc cap sur la british Antigua !

Prends pas la grosse tête

Mais quelle super navigation ! J’ai envie de dire Enfin… :)
Départ tardif des Saintes au petit largue, les vagues presque au cul et un vent juste comme il faut. Renaissance se cale et prend une bonne vitesse pour traverser le canal entre les Saintes et Basse-Terre.
En nous retournant, nous remarquons que nous sommes poursuivis par deux cata. Le premier est parti de PAP en ciseau avec tout dehors et vagues au cul, il bombarde celui-là ! L’autre est parti juste après nous des Saintes mais suite à une mauvaise option, il est un peu trop remonté donc il doit maintenant abattre avec un génois qui ne tient plus. Trop vent arrière, il faudrait qu’il tangonne s’il veut suivre la partie…
Car oui ça y est, notre terrible (ahaha) esprit de compétition s’est réveillé et attention, nous nous lançons dans la course ! Nous peaufinons nos réglages de voiles et c’est parti à fond les ballons !
Ça se rapproche gentiment mais nous sommes arrivés en premier au Cap : ouf, l’honneur est sauf !

Derrière Basse-Terre, les conditions de navigation sont merveilleuses et tellement rares qu’il faut les savourer à fond : à savoir, mer plate et vent au travers. Bref ça envoie grave du steak !
Le premier cata nous rattrape progressivement, mais l’autre a déjà tout enroulé et continue au moteur (?!). Un adversaire éliminé, passons à l’autre, le plus coriace !
On fait sauter le dernier ris, on tient mais il nous remonte l’enfoiré… J’suis pas sûre qu’on puisse rivaliser, comme dit JR « c’est du pain tout béni pour lui ». En plus, on est coincé par notre foc devant alors que le vent faiblit de plus en plus. Aïe aïe aïe…
Nous sommes à présent côte à côte mais il n’y a plus qu’un tout petit filet de vent. Les concurrents se saluent ! On s’observe et on étudie les manœuvres de l’autre. Le cata démarre plus vite à la moindre rafale mais se retrouve poser tout aussi rapidement. Nous avons plus d’inertie mais nous sommes plus lourd… C’est tendu (du string) !
Et là, paf d’un coup, plus du tout de vent raah ! Les deux bateaux sont posés, les voiles fasseyant lamentablement. Chaque équipage surveillant l’autre en guettant le moindre petit air… Nos voiliers ne sont pas au mieux de leur performance, on se marre comme des benêts !
Aaah qu’est-ce que je sens sur mon visage ? Ouiii voilà maintenant une petite brise mais en pleine FACE ! Réaction : les deux bateaux abattent ensemble en essayant de profiter de ces 3 misérables nœuds de vent… On part au large, c’est pas du tout la route mais c’est pas grave ! :) C’est beau, on s’serait plus nombreux, on aurait dit un carrousel ! C’est le cata de derrière qui ne doit pas trop comprendre mdrr…

Bon après un bon moment réellement scotchés, faut bien se résoudre si on veut arriver avant la nuit. Momo pour tout le monde et en route !
Après Vieux-Habitants, on chope étonnamment un petit vent d’ouest, une brise thermique ou un truc du genre. Pas grand chose… mais juste de quoi faire route au près serré. Cata nous suit et lui est toujours contraint de rester au moteur aha ! Nous arriverons donc seul à la voile au mouillage de Malendure yes !
Je pense ne pas me tromper en disant que l’honneur est doublement sauf non !? :)

Et oui Contre-Temps, c’est sûrement ça d’être des supers marins des Antilles et d’avoir un super mono qui remonte super bien au près, ou du moins un minimum quoi. Ça permet juste de temps en temps de griller de grosses caravanes flottantes qui disent que, ah bah si pourtant d’habitude, bah ils arrivent toujours à remonter au vent…
Bon sans rancunes les copains hein ! ;)